Jamel Gamra fait le point sur la situation du tourisme tunisien

Dans une lettre d’adieu, l’ancien ministre du Tourisme, Jamel Gamra, a fait le point sur la situation du tourisme tunisien, après une expérience de près d’une année.

« Chers collègues, chers amis;

Comme certains le savent probablement, j’ai appris ma nomination à la tête du ministère du tourisme, tout comme vous, à la télé! Une nomination qui me flatte certes, et pour laquelle, dois-je le dire, personne ne m’a consulté spécialement ou pris mon avis au préalable.

J’ai évidemment accepté cette mission, bien que j’aurais souhaité poursuivre la réalisation de mes projets structurants à la CTN, et ce afin de saisir cette excellente opportunité pour jouer un rôle dans la construction de notre chère Tunisie nouvelle.

Lorsque j’ai rejoint mon poste le 15 mars 2013, la durée de ma mission n’a pas été évoquée, mais je savais d’emblée qu’elle ne serait pas longue.

Le programme du Chef du gouvernement Mr Ali Larayedh, annoncé à l’ANC comportait quatre axes : politique, économique, justice transitionnelle et reconnaissance aux martyres et blessés de la révolution.

Je me suis bien entendu attelé à œuvrer dans ce cadre, dans sa deuxième composante. J’allais diriger un secteur essentiel pour l’économie tunisienne.

Dans ce contexte, je me suis attelé à marquer mon passage et laisser une empreinte dans ce secteur. C’était mon engagement et mon Challenge! J’ignorais si ça allait être possible, et combien de temps cela nécessiterait.

Au bout de quelques jours, j’ai pu arrêter avec la contribution de vous tous l’orientation et l’objectif principal à savoir : «Sauver la saison et l’arrière saison, sans perdre de vue le cap mis sur les orientations stratégiques du secteur».

Avec l’aide et l’enthousiasme de centaines de cadres et d’employés du secteur, l’adhésion de la profession et de plusieurs ministères dont principalement le ministère de l’intérieur, nous avons pu, un tant soit peu, atteindre notre objectif et arriver à sauver la saison et l’arrière saison. Dans un contexte extrêmement difficile et souvent hostile au secteur touristique, nous avons pu réaliser de bons résultats. Nous sommes en effet arrivés à convaincre 6.3 millions de citoyens du monde de franchir nos frontières en 2013 et venir en touristes visiter la Tunisie, nous faisant enregistrer ainsi une progression de 5.4% par rapport à l’année précédente. C’est là le critère le plus significatif de votre performance, et c’est aussi le critère adopté par l’OMT. Les éloges exprimés par le secrétaire général de l’organisation mondiale, Dr Taleb Rifai, lors du dernier salon du tourisme à Madrid, envers le tourisme tunisien, son ministère et tous ses opérateurs, en sont le meilleur témoin.

Bien que l’on sache parfaitement que le chiffre officiel du nombre de nuitées soit en dessous de la réalité, il a tout de même pu atteindre, et pour la première fois, le chiffre de 30 millions. Quant aux recettes, elles ont enregistré une augmentation de 1.8% en dinars tunisien. Nous n’avons malheureusement aucune incidence sur leur valeur en devise.

Notre plan d’action s’est également intéressé, bien évidemment, à la stratégie longtemps discutée et dont la mise en application a été à plusieurs reprises reportée. Le secteur a enregistré au moins trois ans de retard dans le démarrage de la stratégie 2010-2016. Sa mise à jour était devenue indispensable surtout après la révolution tunisienne. Votre maîtrise du sujet m’a permis d’apporter rapidement les ajustements nécessaires et surtout de revoir les priorités.

J’étais parfaitement conscient que les gouvernements qui se succèdent en ce moment chez nous sont éphémères et leur espérance de vie est de l’ordre d’une année. Pour assurer plus de chances de réussite à notre stratégie, j’ai tenu à contracter un bureau d’études de renommé internationale pour assurer le pilotage de la mise en place de la stratégie. La rigueur exigée pour la réalisation du projet nécessite, elle aussi, un pilotage extérieur. Surtout quand on sait qu’une partie qui n’est pas majoritaire du personnel de l’ONTT manquait du temps et de la motivation nécessaire.

Entre temps, outre vos efforts quotidiens dans la poursuite des objectifs tracés, vous avez avancé dans la réalisation de DEUX GRANDS PROJETS fédérateurs et centraux pour la concrétisation de la stratégie et à travers lesquels vous avez réalisé plusieurs de nos orientations : la diversification, la décentralisation, l’emploi des jeunes, l’investissement etc… Il s’agit de la carte touristique de la Tunisie à l’horizon de 2020 et de la carte des circuits touristiques.

Vous avez adopté, et pour la première fois dans l’histoire de l’Office, une approche de contrat-programme à travers laquelle chaque représentant, responsable d’un marché, s’est engagé, après négociations, sur un objectif chiffré à réaliser.

Vous vous êtes déplacés pour créer les conseils régionaux du tourisme dans la plupart des gouvernorats du pays et ainsi mobiliser toute la population et faire du secteur un sujet sacré sur la langue de tous les tunisiens : tout le monde en parle et veuille à sa réussite.

En un temps record ne dépassant pas les six mois de travail effectif, vous avez pu progresser et réaliser des avancées dans pratiquement tous les axes de la stratégie.

Mes déplacements à l’étranger et les entretiens avec les TO m’ont permis de réaliser à quel point l’image du tourisme tunisien s’est érodée, et le besoin pressent pour redorer notre blason. Votre choix du tourisme saharien comme nouveau ‘Icon’ est rationnel et très judicieux. Le programme d’animation dans le Sahara et le sud tunisien, adopté pour l’année 2014 fait preuve d’un bon démarrage pour la concrétisation.

Grâce à votre labeur, vous avez hissé le secteur au premier rang des secteurs de l’économie tunisienne. En effet, en 2013 le tourisme s’est placé à la première place du secteur économique en termes de recettes nettes en devises, en emploi et en contribution au PIB. Il est vital pour notre économie! C’est la raison pour laquelle nous avons insisté pour faire du secteur une cause nationale. Les décisions prises lors du CIM du 20 décembre dernier, engageant fermement plusieurs ministères dans la réalisation et le financement par un budget de 18 millions de dinars, de nombreux projets d’un programme commun sur trois ans, en ont été l’aboutissement.

Sur le plan International, l’année 2013 a connu le retour de la Tunisie sur la scène mondiale, en reprenant sa place au sein du bureau exécutif de l’OMT et en jouant un rôle important dans la transformation de la fondation STEP en une organisation à part entière. Nous sommes membre fondateur d’une organisation mondiale qui va avoir un grand essor dans les années à venir et contribuer au développement du tourisme en Afrique et dans le monde. Je suis extrêmement fier que son premier projet soit réalisé avec la Tunisie et en collaboration avec la chaîne de télévision internationale CNN.

Quant aux marchés, vous avez entamé la construction de ponts solides avec les marchés émetteurs prometteurs lointains tels que le Japon, la chine, la Corée du sud, le Canada et l’Amérique du Sud. Sans toutefois négliger nos marchés traditionnels malgré les difficultés que certains d’entre eux connaissent.

Vous avez été également actifs au niveau de la législation en promulguant les textes législatifs relatifs au tourisme alternatif et fixant les normes des nouvelles formes d’hébergement : gites ruraux, hôtels de charme et maisons d’hôtes.

Avec vous tous, nous avons fourni un travail acharné pour servir le secteur et mobiliser tout le monde autour de nous pour faire de la Tunisie une meilleure destination pour un touriste. La société civile a joué un rôle important, les défis du tourisme ne pouvant être relevés sans la contribution des associations culturelles, scientifiques, éducatives, artistiques et de l’ensemble des citoyens. Les cas de Tozeur et de Gar El Melh en sont des bons exemples.

Contribuer à tout ceci a été pour moi une expérience exaltante, marquante, exaspérante parfois, fatigante, épuisante, mais dont j’ai apprécié chaque instant (ou presque).

Votre mobilisation, votre enthousiasme et votre action m’ont permis de découvrir les limites, les compétences et les talents de la plupart d’entre vous et m’ont aidé à tracer les contours d’un redéploiement des ressources humaines du ministère en vue d’affronter les difficultés profondes du secteur.

Cette action m’a aussi permis d’identifier nos vrais partenaires, les partenaires capables de donner le plus au secteur et de participer à la résolution de ses problèmes structurels tels que l’endettement, le financement, le vieillissement des infrastructures, la commercialisation, la formation etc… Ils ne sont pas nombreux, mais suffisamment compétents, sincères, patriotes et disposés à affronter courageusement les problèmes et à aller de l’avant avec des initiatives audacieuses, à travers lesquelles on reconnait les vrais hommes et femmes d’affaires distingués par leur amour du risque et leur capacité à créer de la valeur et d’accepter de la partager.

Les autres, rentiers et infortunés du secteur -malheureusement nombreux- auront, eux aussi, un rôle à jouer et figurent sur l’image.

Les médias et les journalistes sincères, intègres et vrais connaisseurs du secteur éloignés de la complaisance et du parti pris font aussi partie de l’équipe.

Les bailleurs de fond convaincus du secteur et disposés à financer sa mise à niveau et son développement directement ou à travers leur participation dans des fonds dédiés au financement du secteur.

Le tableau de pilotage de l’ensemble de ces projets intégrés avec le reste des projets de la stratégie et piloté par des chefs de projets d’entre vous, est fin prêt et n’attend que sa validation par le bureau d’études engagé pour cette mission.

Dix mois jour pour jour se sont écoulés, comportant certes beaucoup de temps morts et ne dépassant pas les 150 jours de travail effectif. Et le moment est déjà venu, de vous quitter. Mais travailler avec vous a constitué pour moi un privilège. Je suis très fier de ce que nous avons pu réaliser ou initier ensemble.

J’aurais souhaité bénéficier de plus de temps et voir les projets stratégiques commencer à se concrétiser. Je reste tout de même confiant, tant que le courage, la volonté et le panache que j’ai sentis chez la plupart d’entre vous continuent à produire et à se développer.

La nomination de Mme Karboul à la tête du ministère, spécialiste au vu de son CV de la mise en place et du pilotage des stratégies, me rassure davantage et me rend encore plus confiant. Tous les points cités ci-dessus et d’autres ont fait l’objet de notre séance de travail du 28 janvier dernier et du document de passation. Je lui souhaite beaucoup de chance et beaucoup de courage.

Evidemment et quand-bien même j’ai quitté le fauteuil de ministre, je n’aurai de cesse de soutenir ce magnifique ministère et l’ensemble de son personnel et de ses opérateurs. Le tourisme fait désormais partie de ma vie et de mon affect.

Je vous souhaite à toutes et à tous bon courage et bon vent. Et longue vie à la Tunisie et à ses femmes et hommes fidèles et patriotes.

Jamel GAMRA.

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